Un cheval de Troie contre la réglementation du temps de travail

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Comment comprendre l’offensive des grands patrons de la distribution pour imposer le travail le dimanche et la nuit dans les commerces ? Comment expliquer que des enseignes leaders sur le marché national, dans le bricolage ou la parfumerie, dépensent des centaines de milliers d’euros dans la communication pour obtenir le droit d’ouvrir leurs magasins à des horaires atypiques ? Philanthropie, pour permettre aux étudiants de poursuivre leurs études ? Responsabilité sociale, pour que les horaires des magasins s’adaptent aux nouveaux rythmes des Français ? Sens du devoir, pour relancer une croissance économique et un marché de l’emploi en berne ? Ou encore une sinophilie (toute récente) qui exigerait que l’équilibre sociétal soit remis en question pour que le touriste chinois » puisse acheter à toute heure du jour et de la nuit à Paris plutôt qu’à Londres ? Dans les Chiens de garde en 1932, Paul Nizan écrivait «M. Michelin doit faire croire qu’il ne fabrique des pneus que pour donner du travail à des ouvriers qui mourraient sans lui.» Ce texte n’a pas pris une ride. Car la réalité est très prosaïque, n’en déplaise à ceux qui déclarent, à tous vents, qu’ils «aiment l’entreprise». Ces attaques, sans cesse renouvelées, contre le repos du dimanche et de la nuit ont, en réalité, un double objectif.

Le premier, immédiat, est d’aiguiser la compétition dans des secteurs en difficulté afin «de tuer» la concurrence. Les économistes sérieux s’accordent à dire que le fait d’ouvrir plus longtemps les magasins ne va pas doper la consommation, de même que produire plus de voitures ne relancerait pas le marché de l’automobile. Or, seuls les grands groupes aux reins solides peuvent assumer des extensions d’horaires coûteuses et peu rentables. Il s’agit donc, pour ceux-là, d’opérer des transferts de chiffre d’affaires du petit commerce indépendant vers leurs magasins, détruisant au passage des emplois stables à temps plein pour les remplacer par des contrats précaires.

Le second objectif a un fondement idéologique plus profond : celui d’une déréglementation quasi totale du temps de travail, objectif poursuivi avec ténacité par le Medef et ses ancêtres. Réduire le plus possible les jours de repos pour les salariés afin de les faire travailler plus en fait partie. En 1793 déjà, le calendrier républicain avait les faveurs de la bourgeoisie conventionnelle car il remplaçait le repos hebdomadaire par un repos tous les… dix jours ! Avec celle des salaires, la question du temps de travail a été au cœur des luttes syndicales depuis qu’elles existent. L’interdiction du travail de nuit, le repos dominical obligatoire, comme la limitation de la durée de la journée de travail ou de la semaine font partie des grandes conquêtes sociales que le Medef veut déconstruire, estimant que les rapports de forces ne le contraignent plus à les maintenir.

C’est ce qui explique qu’en premier lieu les patrons s’attaquent au commerce. Ce secteur d’activité au salariat éclaté dans des milliers de petits établissements, où l’action syndicale est rendue difficile par la rotation permanente des effectifs et une répression souvent féroce, a toujours constitué le laboratoire patronal de la déréglementation. C’est dans les magasins que les CDD, les contrats à temps partiel ou l’individualisation des salaires sont arrivés massivement. C’est là que le Medef veut continuer de détricoter la réglementation du temps de travail, pour atteindre par la suite les autres professions. Comment imaginer, en effet, que les magasins ouvrent le dimanche et la nuit, sans que ne leur emboîtent le pas les transports, les crèches, le nettoyage, la sécurité, les organismes financiers, les banques ou encore La Poste ?

Non, il n’est pas normal qu’un salarié du commerce soit contraint à des horaires atypiques pour gagner de quoi vivre. Non, il n’est pas naturel qu’un étudiant soit contraint de travailler à la caisse d’un supermarché pour financer ses études. Non, le principal problème des «consommateurs», ce ne sont pas les horaires des magasins mais leur pouvoir d’achat. Non, le progrès, ce n’est pas une France qui travaillerait 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24.


Par Karl Ghazi , Secrétaire de la CGT commerce de Paris
"Celui qui n'a pas le courage de se rebeller n'a pas le droit de se lamenter". Ernesto Guevara dit "Le Che"
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